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Quand les brasseurs corses s’associent pour créer une filière plus durable

  • Industrie / Production durable

Produire une bière 100 % corse, de l’orge au verre : c’est l’ambition portée par plusieurs brasseurs réunis au sein de la Fédération des Bières Corses. Avec l’appui de l’ADEME, ils structurent une filière brassicole locale intégrant l’ensemble de la chaîne de production, de la culture de l’orge au maltage, jusqu’au brassage.

septembre 2026

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Objectif : une bière 100% corse et plus durable

Depuis quelques années déjà, plusieurs brasseurs corses partageaient la conviction qu’il fallait mutualiser leurs forces pour créer une filière brassicole insulaire. Si l’eau, principal constituant de la bière, est une ressource présente sur l’île, ce n’est pas le cas des deux autres ingrédients indispensables que sont l’orge malté et le houblon. « Cette matière première provient à 95 % du continent, ce qui a un coût à la fois économique et environnemental, explique Charles-Antoine Cesari, créateur de la brasserie Filitosa et co-initiateur de la Fédération des Bières Corses. Or, nous voulons inscrire notre action dans la durabilité, affirmer notre ancrage local en développant des circuits courts d’approvisionnement et contribuer à l’objectif d’autonomie alimentaire de la Corse. » 

La rencontre qui change tout

La Fédération des Bières Corses est ainsi créée en avril 2024, un mois jour pour jour après que Charles-Antoine Cesari et Pierre-François Maestracci de la brasserie Ribella aient participé à la Résidence d’Accélération Transition Écologique, un programme d’accompagnement organisé par Issého avec le soutien de l’ADEME et de M3E, plateforme d’animation économique destinée aux entrepreneurs. « Cette résidence a vraiment été le déclencheur. Elle nous a permis d’engager une réflexion stratégique commune autour de deux ambitions majeures : structurer la filière brassicole corse et construire les bases d’un modèle de mutualisation des ressources. Nous avons ensuite très rapidement mobilisé les brasseurs » ajoute Charles-Antoine Cesari. L’association comprend aujourd’hui sept brasseries sur les onze que compte l’île.

Créer une malterie et cultiver orge et houblon

Le projet phare de la Fédération est la construction d’une malterie afin que les brasseurs puissent produire l’orge malté sur place. En parallèle, il s’agit de développer la culture de l’orge et du houblon : l’une pousse très bien sur l’île et l’autre est naturellement présent. Reste à convaincre les agriculteurs de la viabilité économique. « En 2025, pour la première fois, les Français ont consommé plus de bière que de vin*, commente Charles-Antoine Cesari. Il existe un véritable potentiel de développement, preuve en est le soutien fort de la Chambre d’agriculture, de la Banque des Territoires, de la Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF) ou encore d’EDF qui devraient investir dans la malterie à hauteur de 1,5 M€. Et bien sûr, nous avons bénéficié du soutien de l’ADEME sans qui nous n’en serions pas là aujourd’hui. L’Agence nous a permis de structurer notre projet et de souder encore plus les membres de la Fédération. »

L’accompagnement de l’ADEME

L’ADEME a accompagné l’association dans sa démarche d’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) dont la coordination et le suivi sont assurés par Issého et Imaterra. « Cette démarche est un levier de transformation des modèles économiques actuels. Elle permet aux brasseurs corses « d’inventer » leur propre modèle, tout en conservant le principe de l’EFC qui est d’allier la rentabilité, la durabilité de la fédération, la réduction de son impact environnemental et de renforcer son ancrage territorial, explique Manon Kania, ingénieure du Pôle Économie circulaire de l’ADEME en Corse. Le projet de la Fédération est vraiment innovant car il fédère des acteurs d’un même secteur pour pallier leurs problématiques communes, encourage le changement dans les méthodes de production et de consommation et promeut l’économie circulaire en favorisant une filière d’approvisionnement et de production locale. »

Un projet mené tambour battant

Entre janvier et mai 2025, la Fédération a réalisé la première étape de la démarche EFC qui lui a permis de poser les bases de trois projets pilotes de coopération. Les objectifs des groupes de travail associés : chercher comment collectivement les adhérents peuvent expérimenter et développer une filière régionale de production et de distribution du houblon ; concevoir un projet de malterie permettant de valoriser la production d’orge locale et performante sur le plan énergétique ; réhabiliter et développer la filière céréales permettant de produire une bière 100 % corse. « Nous sommes alors entrés dans la seconde phase de la démarche : chaque groupe de travail associé à chacun de ces projets a engagé différentes expérimentations pour répondre aux questions de faisabilité », explique Charles-Antoine Cesari.

La malterie, nœud de coopération

Un bilan des expérimentations a été dressé à la rentrée de septembre : « le projet de malterie s’est révélé être le point de passage obligé des deux autres. Sans outil de maltage insulaire, il n’y a pas de débouché nouveau pour l’orge corse, donc pas d’argument pour engager les céréaliers ; sans malt local, la bière 100 % corse et l’indication géographique qui la reconnaîtrait restent hors d’atteinte », commente Marina Fabre Nessa, Directrice des opérations d’Issého. Autres conclusions du rapport : la malterie ne pourra atteindre la robustesse qu’en étant conçue, dès l’origine, comme un nœud de coopération plutôt que comme une unité de production. Cette production devra être limitée pour garantir un approvisionnement entièrement insulaire et prévenir un effet rebond à l’import. Cela nécessite que les brasseurs mutualisent les ressources matérielles et les savoir-faire pour assurer la résilience du modèle, et que des services associés soient proposés pour faciliter le travail des brasseurs et rendre la malterie difficilement remplaçable.

*22,1 millions d’hectolitres de bière pour 22 millions d’hectolitres de vin (Source : Les Brasseurs de France) 

En savoir plus
  • Le site de la Fédération des Bières Corses
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